équipages dans la tourmente

 

Sous-Lieutenant observateur


Mortellement blessé le 17 mai 1940, à bord du LeO 451 n° 122 abattu par la 2./JG 2,

Mort pour la France des suites de ses blessures le 18 mai 1940 à Esquéhéries.

Gilbert Boudot

Gilbert Marcel Boudot est né le 16 juillet 1917, à Lyon (2ème Arrondissement)

Recrutement Lyon, n° 2567, classe 1937.


Instituteur de métier, Gilbert Boudot a été breveté observateur en avion à l’école d’Avord avant d’être affecté à Tours à la 51e escadre. Après son mariage le 30 décembre 1939, l’année 1940 sera celle de son affectation à la 31e escadre, et de sa mort au combat...



Dès 1936 ou 1937 (l'Aviation Populaire aidant) on fit appel dans les Ecoles Normales Primaires départementales à des vocations aéronautiques auprès des futurs instituteurs. Préparation militaire Supérieure de 2 ans le samedi à l'école. Période de deux fois quinze jours dans une unité militaire, concours, 6 mois d'Ecole de l'Air à Avord et chaque escadrille se vit pourvue d'un (deux, trois) petit instituteur, alpha doré (aspirant) sur tranche, en équilibre entre l'état de sous-officiers (adjudant) et celui de sous-lieutenant pour 6 mois.


Boudot sortait (élève maître) de l'Ecole Normale Primaire de Lyon (dans une situation identique je provenais de l'établissement similaire de Bourg en Bresse). Nous ne connaissions pas auparavant mais à Avord, alors que nous étions EOR, une sympathie spontanée nous avait rapprochés... qui devait devenir une solide amitié... que sa disparition a sans doute anoblie dans mon souvenir.


Pour nous retrouver sur la même base, à la sortie d'Avord, nous avions convenu que selon notre rang de sortie, le premier de nous deux demanderait la Base où il resterait le plus de places libres... ce fut Tours. Je le vois encore, s'agitant à sa place d'amphi... gesticulant, mimant des lèvres... « Tours ... Tours ». Ce fut la même escadre, le même groupe... la même pension de famille... le même porte-monnaie (surtout en fin de mois !)... et les mêmes distractions pendant une année jusqu'au jour où nos relations sentimentales nous séparèrent un peu dans nos emplois du temps.

école d’Avord : Gilbert Boudot et René Adam

Photo René Adam

Mon Ami Boudot,

une richesse intérieure débordante

dans un corps frêle...


par René Adam

Photo Louis Nattes
Photo René Adam





Petit, d'apparence, plutôt frêle j'admirais sa volonté, son souci de méthode et le soin qu'il mettait à aller jusqu'au bout dans ce qu'il entreprenait. Je l'ai vu plusieurs fois revenir d'un vol, la combinaison maculée, car il souffrait régulièrement de nausées en l'air. Le rural, gardeur de vaches, boursier timoré que j'étais s'étonnait devant ce «gone» de Lyon, familiarisé avec les traboules du vieux Lyon où l'emmenait son frère plus âgé, représentant en soieries. Il était une sorte de ludion, rieur et caustique, primesautier et grave... en tous cas la réplique toujours prête... et ses audaces ! qu'il me faisait partager et qui me mettait dans mes petits souliers. A la déclaration de guerre il m'avait dit, sans rire, qu'il avait rédigé son testament... et que nous aurions droit, l'un et l'autre, sans coup férir à une croix : croix de bois ou une autre... il en a eu 2.

... il m'a souvent dit avoir besoin de mon calme (ou de mon apathie ?).


Chargé du service "contre espionnage" au niveau du groupe ! (comme moi j'étais officier Z : les gaz... à cause de mon grand nez !) Boudot trouvait le temps, hors service, et très sérieusement, de suivre les activités douteuses, disait-il (5e colonne) d'un autrichien logeant dans la même pension que nous. Il avait une fierté d'hidalgo prétendait que nous pouvions valoir les meilleurs... c'est ce qu'il a finalement démontré et je suis certain qu'il est allé jusqu'au bout de son devoir, puis de sa souffrance... crânement !


J'ai souvent imaginé le visage plus émacié que jamais de Boudot refusant toute nourriture et toute boisson pendant la longue et vaine attente des soins... et qui dans une dernière bravade réclama du champagne. On a rapporté qu'on l'inhuma dans son parachute... et lorsqu'on le releva plus tard... le corps était intact. C'était mon Ami.



(Lettres de René Adam

adressées à Vincent Lemaire

les 19 mars et 6 août 1984)





L'élève-maître en question venu tout droit de sa province découvrait un monde venu des grandes écoles, de grandes familles, de grandes fortunes, de grand renom... Personnellement je me suis fait "tout p'tit", tout au moins au début. De toute façon nous n'avions pas le choix de l'engin, et du vol... normal ! Boudot en souffrait davantage, et dans tout son comportement transpirait ce besoin... disons de s'affirmer : conversation - il était brillant, pétillant de malice et de verbe, une sorte de ludion - toujours en équilibre, ayant réponse à tout - initiatives, c'était un boute en train... et il chantait ; il chantait d'une voix grave (où allait-il la chercher dans ce corps frêle ?) et bien timbrée.


Chaque ENP à la fin des trois années organisait un spectacle, qui payait un voyage... En 1937 à Lyon Boudot avait joué Méphistophélès dans Faust  joué par sa promotion. Il en connaissait tous les airs célèbres (ainsi que la Puce de la Damnation de Faust de Berlioz) et par bravade..., je pense, il entonnait à tue-tête un grand air dans une situation qui l'ennuyait ! Mieux, son visage émacié, ses petits yeux noirs et son nez crochu (un peu)... quand il laissait pousser quelques rares poils, drus et très noirs, surtout rassemblés au menton... lui donnait un air méphistophélique... Je me moquais, ce qui me valait toutes sortes de malédictions...et qui nous faisaient rire aux éclats (et puis il (j) avait tant de mal à se tirer du lit qu'il n'avait pas toujours le temps de se raser !). Boudot c'était cette richesse intérieure débordante dans un corps frêle qui semblait devoir le trahir à chaque instant.



Photo Jean-Noël Laurenceau


Il perdait inlassablement aux cartes : pour conjurer le sort et sa chance, il se levait, très digne, s'interrogeait sur le sens à prendre, faisait le tour de sa chaise, s'asseyait et... continuait à perdre !

Nos petites réunions de jeunes mariés : apéritif, dessert... cartes... ne se laissaient pas gagner par la tristesse... les taquineries dégénéraient parfois en histoires de tarte à la crème ! Boudot avait le don, dans ce domaine, d'attirer la foudre... et à l'origine de la trajectoire de la crème au chocolat se trouverait la jeune Madame Adam ? Je n'en serais pas du tout étonné ! Il s'ensuivait alors des poursuites homériques et des rires fous. Il était taquin à... s'en faire écraser.


Ordre «C» n° 49 du 4 juin 1940


Le Général Commandant en Chef Vuillemin, Commandant en Chef les Forces Aériennes, cite à l’ordre de l’Armée Aérienne :


L’Equipage du Groupe de Bombardement I/31 :

Sous-Lieutenant Boudot - Commandant d’Avion,

Sergent-Chef Gombert - Pilote,

Adjudant-Chef Gast - Canonnier,

Sergent-Chef Le Guellec - Radiotélégraphiste :


équipage d’un allant remarquable. A effectué dans de bonnes conditions, le 17 mai 1940, le bombardement à basse altitude d’une colonne motorisée ennemie. L’appareil étant en flammes, n’a évacué le bord en parachute qu’après avoir atteint nos premières lignes.


Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec palme