équipages dans la tourmente

 



Le casque de vol Airaile type 11 de Louis Gast est conservé à Paris dans les réserves du musée de l’armée (il avait été exposé de 1994 à 1998 à l’hôtel des invalides).


Ce souvenir émouvant de l’un de ces «sacrifiés de la première heure»  est aujourd’hui sorti de l’ombre en étant publié dans le nouvel ouvrage de Jordan Gaspin : « De la «drôle de guerre» à la victoire (1939-1945)».


Jordan Gaspin, responsable des collections d’uniformes et d’équipements du département des deux guerres mondiales du musée de l’armée, et auteur de «Souvenirs et destins de Poilus», a ainsi donné une très belle suite à ce remarquable livre. Et au nombre des souvenirs choisis  (page 8) figure ce casque tragique, comme rappel du sacrifice de nos aviateurs de 1940.


Merci à lui.



Adjudant-Chef canonnier


Mort pour la France le 17 mai 1940 à Rocquigny (02), son parachute s’étant mis en torche, après qu’il ait sauté du LeO 451 n° 122 abattu par les Messerschmitt 109 de la 2./JG 2.



Louis Gast


Louis René Gast


Né le 23 janvier 1905 à Erstein (Bas-Rhin)


N° matricule 365 au recrutement de Sélestat


Engagé dans l’armée de l’air et breveté mitrailleur en avion Louis Gast est affecté dans diverses unités avant d’arriver à Tours, au sein de la 31e escadre de bombardement, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort.


Par décret du 13 décembre 1938 Louis Gast se voit attribuer la Médaille Militaire en ces termes :


Gast, Louis, René, adjudant : 12 ans de service, 1 campagne, 16 ans de bonification pour services aériens, rang du 13 décembre 1938.

(JO n° 293 du 15 décembre 1938, pages 14047-14050)



Cette décoration lui sera remise lors d’une prise d’armes à Tours  le 8 mars 1939 (voir photo ci-contre à gauche).




Chevalier de la Légion d’Honneur

à titre posthume

décret n° 1792 du 25 juin 1943


Gast (Louis René), adjudant-chef (active), groupe d’aviation de bombardement 1/31 :

mitrailleur d’un allant remarquable. A effectué dans de bonnes conditions, le 17 mai 1940, le bombardement à basse altitude d’une colonne motorisée ennemie. L’appareil étant en flammes, n’a évacué le bord en parachute qu’après avoir atteint nos premières lignes. A été retrouvé mort au sol.


A été cité à l’ordre de l’armée de l’air (croix de guerre avec palme), conformément aux dispositions du décret du 1er octobre 1918.


(JO du 3 juillet 1943 p. 1799)

Ordre «C» n° 49 du 4 juin 1940


Le Général Commandant en Chef Vuillemin, Commandant en Chef les Forces Aériennes, cite à l’ordre de l’Armée Aérienne :


L’Equipage du Groupe de Bombardement I/31 :

Sous-Lieutenant Boudot - Commandant d’Avion,

Sergent-Chef Gombert - Pilote,

Adjudant-Chef Gast - Canonnier,

Sergent-Chef Le Guellec - Radiotélégraphiste :


équipage d’un allant remarquable. A effectué dans de bonnes conditions, le 17 mai 1940, le bombardement à basse altitude d’une colonne motorisée ennemie. L’appareil étant en flammes, n’a évacué le bord en parachute qu’après avoir atteint nos premières lignes.


Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec palme

Vincent Lemaire


L’Adjudant-Chef Louis Gast est alors, avec l’Adjudant-Chef Paul Fourneau, l’un des doyens des mitrailleurs de l’unité.


Il s’entraîne régulièrement et prépare même une mission de reconnaissance de nuit sur l’Allemagne sur Bloch 200 qui sera annulée au dernier moment...


Après une permission du 24 novembre au 6 décembre 1939, Louis Gast rejoint son unité pour repartir en stage mais cette fois comme élève.


Le 14 décembre 1939 il est en effet détaché une semaine à Cazaux pour un stage de perfectionnement sur le moderne canon Hispano Suiza de 20 mm équipant les LeO. 451 affectés enfin à l’escadrille. De mitrailleur il devient ainsi canonnier, toujours en charge de la protection de son équipage.


Sa nouvelle arme, redoutable par sa précision et par le calibre de la munition, aurait pu être idéale pour assurer la défense arrière de cet avion. Malheureusement elle est montée sur un affut assez lent au pointage et, surtout, elle n’est alimentée que par un unique chargeur (non changeable en vol !) et  ne permettant qu’une dizaine de secondes de tir continu, passé lequel le canonnier est sans défense...


A son retour de stage Louis Gast rejoint son unité à Lézignan, nouveau terrain désigné pour la transformation de l’unité sur LeO. 451. Après des vols d’entraînement sur Bloch 200 puis sur Bloch 210, il est enfin transformé sur LeO. 451, le nouvel avion d’armes de l’escadrille à bord duquel il accomplit plusieurs missions d’entraînement, y compris comme observateur chef de bord.


Le 10 mai 1940 c’est la fin de la drôle de guerre et le début de l’offensive allemande.


Le 14 mai 1940 comme canonnier du LeO. 451 n° 61 piloté par le sergent-chef Hervé Bougault, Louis Gast quitte Lézignan pour Roye où il est finalement affecté comme canonnier de l’équipage du sous-lieutenant Gilbert Boudot sur le LeO. 451 n° 122 (pilote Gérard Gombert, radio Pierre Le Guellec).


Le 15 mai 1940 il accomplit avec son nouvel équipage la première mission de bombardement du Groupe aérien I/31 sur les colonnes allemandes, sur la Meuse à Monthermé. Mauvaise surprise pour les équipages qui sont envoyés au combat dans les pires conditions : en mission d’assaut à basse altitude où d’une part leur avion perd de sa vitesse et peut être aisément rattraper par la chasse allemande et où d’autre part il présente une cible facile pour les canons anti-aérien...


Le 16 mai 1940 Louis Gast accomplit une deuxième mission d’assaut avec l’équipage du LeO. 451 n° 122, toujours à basse altitude, cette fois sur les même colonnes allemandes qui ont parcouru 60 km dans la nuit et viennent  d’atteindre Montcornet. Au retour de cette mission son avion se pose à Persan-Beaumont, nouveau terrain affecté au I/31.


Le 17 mai 1940 c’est le drame pour la 2e escadrille. Trois LeO. 451 sont en effet engagés dans les pires conditions possibles, toujours à basse altitude mais en 4e section après 9 autres bombardiers du II/12, et en suivant le même cap... Prévenus par le passage des premières sections les Allemands ont pu organiser leur défense et le I/31 est cueilli sur l’objectif par la 2e escadrille du I./JG 2 : 9 Messerschmitt 109 se ruent à l’attaque des trois Lioré 451 qui seront tous descendus.


Sa fin tragique


Louis Gast accomplit ainsi sa troisième et dernière mission d’assaut. Son avion, le 122, mis en flammes près de son poste de canonnier, Louis Gast évacue immédiatement le bord. Trahi par son parachute très certainement en torche, dont il a dû tenter désespérément de démêler les suspentes puisque certaines seront retrouvées serrées entre ses mâchoires, l'adjudant-chef Louis Gast s'est tué en s'écrasant au sol, à Rocquigny (Aisne), tout près de la cour de la ferme Lienart, lieu-dit «Les Hayettes».

Les habitants qui avaient évacués la veille, ne le découvriront qu’à leur retour d’exode :


« Alors, me dit cette fermière de Rocquigny, le 16 mai 1940, quand on a su que le front de Sedan avait été enfoncé, on a attelé les chevaux, chargé les charrettes avec tout ce qu’on avait de précieux, et des provisions pour nous et les bêtes. On a ouvert les portes des étables, et « pris l’exode ».

« C’était un « règne ».

« On croyait, comme en 1914, quitter l’Aisne pour des années ; mais les Allemands couraient plus vite que nous ; ils nous ont rattrapés et ordonné de rentrer à la maison.

« Quand on est arrivé deux semaines plus tard, tout près de la cour on a trouvé le cadavre du parachutiste. Il avait dû tomber de très haut, car il avait fait un grand trou dans la terre, il avait les jambes rentrées dans le corps et le ventre éclaté. Les cordes du parachute étaient toutes emmêlées, et même le pauvre mort en avait serré entre ses mâchoires.

« Les Allemands nous ont ordonné de l’enterrer tout de suite, à cause de l’hygiène. On n’a pas eu le droit de le fouiller, car ce devait être fait plus tard par les Services Officiels, mais on avait eu tout de même le temps de lire sa plaque.

« Il s’appelait « Louis Gast ».

On a dit au village qu’il avait dû tomber le 17 mai. »


(in «Disparus dans le Ciel»

de Germaine L’Herbier Montagnon p.75)


Louis Gast sera donc inhumé hâtivement dans le jardin même où il était tombé, seule étant prélevée sa plaque d’identité portant sur son avers l’inscription :

1925 – 1

GAST Louis

et sur son revers l’inscription :

365

Sélestat


Sur la soie de son parachute sera conservée également une étiquette portant la mention :

552-S

N°3.385


Le mystère des deux tombes


Germaine L’Herbier Montagnon découvrira à Esquehéries une autre tombe portant le nom de Gast et contenant des restes humains carbonisés retrouvés au milieu des débris du LeO 451 n° 122. Ces restes avaient été inhumés sous ce nom en raison de la découverte dans l’épave d’un pull-over marqué «Gast».


Pour éviter tout risque d’erreur, le 3 avril 1941 le malheureux parachutiste de la ferme Lienart sera donc exhumé pour identification avant d’être réinhumé dans un cercueil en chêne doublé de zinc au cimetière communal de Rocquigny.


Lors de cette exhumation (en présence de Madame Germaine L’Herbier Montagnon, de M. A Grimont, maire de Rocquigny, et de M. Daublain, président des anciens-combattants) l’identification de Louis Gast sera confirmée.  Seront en effet retrouvés sur lui :

- son livret militaire,

- une alliance en argent non gravée,

- un portefeuille de cuir marron,

- une carte de membre des ailes mutilées n° 5.914,

- un permis conduire les autos n° 270, au nom de Louis Gast, demeurant à Courcy, né le 23 janvier 1905 à Ertey [en réalité Erstein] (Bas-Rhin),

- une carte identité de sous-officier de carrière au nom de l’A/C Louis Gast, 31e escadre, 2e escadrille, Tours,

- une médaille ND des Aviateurs,

- une image ND du perpétuel secours,

- des lettres diverses, photos,

- un porte-monnaie avec de la menue monnaie,

- un stylo.


Sa vareuse portait bien l’insigne d’aviateur ainsi que ses galons d’Adjudant-Chef. Ainsi sera dissipée la confusion née de la découverte du pull-over laissé par lui dans l’avion et retrouvé dans l’épave à proximité des restes carbonisés du pilote, le sergent-chef Gérard Gombert.



D’une méprise à l’autre


Après celle de ses deux tombes, viendra en effet celle de sa prétendue trahison...


En juin 1941 en route pour la Syrie le Groupe I/31 fera une escale sur le terrain d’Athènes - Eleusis occupé par les Allemands. Quelques anciens du Groupe y apercevront un capitaine de la Luftwaffe ressemblant tellement à Louis Gast qu’ils le prendront pour lui !


Une telle confusion née de cette ressemblance physique n’aura été possible que par :

- l’ignorance dans laquelle son unité était demeurée quant à son sort depuis le 17 mai 1940 (aggravée par les difficultés de communication entre la zone occupée et la zone libre),

- et des résurgences malheureuses de la psychose de la 5e colonne...        


 



Son expérience et sa compétence comme mitrailleur font que Louis Gast est détaché de février à juin 1939 comme instructeur à Châteauroux, afin d’y former un peloton du contingent d’élèves-mitrailleurs en avion.


Sur la photographie ci-dessous, prise en souvenir de ce stage, l’adjudant Louis Gast est au centre, juste sous l’avant du Bloch 200 n° 136, en casquette blanche et les mains croisées devant lui :



Le 2 juin 1939 Louis Gast apprend sa nomination au grade d’ Adjudant-Chef à compter du 1er avril 1939 (JO du 5 mai 1939).


En permission à l’issue de son stage du 22 juin au 7 juillet Louis Gast repart en permission du 6 au 15 août 1939. Ce sera sa dernière permission du temps de paix.


Le 3 septembre 1939 c’est la guerre avec l’Allemagne. Le Groupe I/31 a quitté Tours pour un terrain d’opération situé à Connantre (Marne), en pleine campagne. Les avions sont cachés sous les branchages de sapins et les hommes vivent au milieu des bois.



La 2e escadrille du GB I/31 à Connantre en septembre 1939

Louis Gast est reconnaissable debout (8e de g. à d.), tête nue


Ce qui demeure



Le corps de l’Adjudant-Chef Louis Gast est définitivement inhumé au cimetière municipal de Sélestat (67), rangée 536, tombe (familiale) n° 20.




Casque de vol

«Airaile type 11»

fabriqué par Zinszner

de l’A/C Louis Gast


(© Paris - Musée de l’Armée, 
Dist. RMN/Marie Bruggeman)