équipages dans la tourmente

 

Capitaine pilote observateur

Chef de l’escadrille 2/31


Mort pour la France le 20 mai 1940, à bord du LeO 451 n° 95 abattu par le I./JG 27 à Berny sur Noye (80)

Jean Moncheaux


« Le bal de l’Ecole Supérieure d’Aéronautique avait réuni l’autre dimanche une assistance aussi jeune que belle qui témoigne heureusement du prestige de Sup’ d’Aéro ! »

(4e de couverture de la Vie Aérienne n° 73 du 23 février 1937)




Extraits de lettres adressées

par Jean Moncheaux

à sa fiancée, alors au Maroc

(qu'il épousera le 15 juillet 1939)




Avril 1939


Nous devons toucher sous peu de nouveaux avions qui dépassent le 400 kmh. À ce moment le Commandement d'une Escadrille sera un beau Commandement et, s'il faut se battre, nous pourrons nous battre à armes égales, surtout escortés par la chasse.

Nous sommes au temps des invasions barbares, il faut être prêts à tout. De toutes façon le « hérisson » a aiguisé ses piquants et il attendra l'ordre de se mettre en boule s'il le faut !


Je viens de terminer des interrogations à Nantes, les élèves dans l'ensemble étaient très médiocres. J'ai été particulièrement sévère. En ce moment il le faut, tous les gens se laissent trop aller vers les solutions faciles et la béatitude. J'ai sabré impitoyablement : une véritable hécatombe, plus de 50 % d'occis !

(...)

À ma table, au mess, j'ai interdit toute conversation politique, la situation en ce moment est tellement énervante !

(...)

La 1ère escadrille (mon ancienne escadrille) tient son banquet annuel et m'invite cordialement. Je sens qu'à la fin du repas au moment des toasts Adolf et Benito vont particulièrement déguster. Car, je ne sais pas ce qui se passe dans les autres armes, mais ici, parmi les navigants on peut dire que les 9/10 sont enragés et fonceraient terriblement en cas de guerre. Il n'y a que les rampants qui paraissent timorés, réaction pour le moins étrange !

(...)

On nous parle toujours de nouveaux avions, mais pour le moment rien de nouveau et nous gardons toujours nos boîtes à sardines.


27 mai 1939


Nous allons avoir une inspection par le Général Inspecteur du Bombardement aussi grands préparatifs de nettoyage, on frotte, on astique, on s'affaire, vivement que cette comédie finisse ! Nous volons toujours beaucoup surtout de nuit. Je suis à l'escadrille depuis deux mois maintenant, je commence à bien avoir en main le personnel et tout marche. Il n'y a que les avions qui sont archaïques, ils s'essoufflent vite dès qu'on les fait voler à un rythme un peu fort. Le moral reste bon, de plus, c'est épatant depuis que j'ai mon meilleur ami à l'escadrille. Nous faisons équipage ensemble, évidemment et nous nous entendons toujours à merveille.

Le hérisson se porte tout de même bien malgré la vétusté du matériel.

Avec Aouach nous faisons un tandem épatant et notre collaboration va devenir particulièrement efficace. Nous partirons faire une randonnée en Bretagne survoler des fantassins et les dépister dans des exercices de débarquement.

Eléments biographiques

(lettre de sa veuve à l’auteur) :



Il était né , en Algérie, à Constantine en mai 1911. Son père était professeur de mathématiques. Après la guerre de 14-18 (je ne sais exactement quand) il partit exercer au Maroc, à Oujda, au Lycée de garçons. C'est là que Jean, un enfant très gai, brillant, plein de caractère, fit toutes ses études jusqu'au bac. Prix d'excellence, il fut reçu avec mention bien à celui de Mathelem à 16 ans 1/2. Il entra à Jeanson de Sailly en classe préparatoire aux Grandes écoles; Il fut admissible à l'Ecole des Mines et s/admissible à l'X. Ayant passé déjà l'oral de Sup d'Aéro et reçu, il ne se présenta pas à l'oral des Mines. Il avait rêvé, non d'être Ingénieur de l'Aéronautique, mais d'être marin, plus exactement sous-marinier, mais ses parents s'y étaient opposés. Aimant le risque peut-être et l'indépendance, il voulait être Officier Navigant. Il était enthousiaste, généreux, l'aventure aérienne, à défaut de la marine, l'avait donc tenté;


En septembre 1937 il obtenait son Brevet de Pilote ; en décembre de la même année celui d'Observateur; en août 1938 celui de Commandant d'avion. Il avait ensuite comme projet l'Ecole de Guerre pour être officier supérieur. Il allait commander les cours lorsque la guerre a éclaté.

Le 9 Décembre 1938, il était cité à l'ordre de l'armée de l'air, à la suite de la mission d'entraînement de nuit du 16 septembre 1938 qui aurait pu se terminer en catastrophe puisque son pilote qui avait refusé de sauter en parachute comme les deux autres membres de l'équipage était resté avec lui pour essayer d'atterrir sur un terrain repéré au cours d'une autre mission. Ce fut le miracle, bien que les réservoirs n'aient pu être largués et bien que l'avion en perte de vitesse et trop bas de ce fait ait fauché ou plutôt écimé 7 chênes avant de toucher terre sur le ventre, ayant perdu un moteur, une aile. Tous deux étaient recouverts d'huile et d'essence, ils se sauvèrent comme des diables attendant l'explosion de l'avion... Je sais que Jean, en dehors de la secousse, n'a eu qu'un bleu...


En octobre 1938, il y eut des permissions accordés et celui qui devait devenir par la suite mon mari, vint à Oujda voir sa famille. C'est ainsi que je fis sa connaissance. J'en avais beaucoup entendu parler par sa sœur, qui était une camarade de classe et par ses parents, que je connaissais; Son père fut aussi mon professeur de mathématiques dans les grandes classes : 2e, 1ère, Philo. Sa personnalité, sa gaieté, son esprit, son rire si communicatif m'attirèrent. Les mois passèrent et nous nous mariâmes à l'église Saint-Etienne, à Tours, le 15 Juillet 1939. La guerre éclatait en Septembre... ce fut un beau rêve qui commençait à tourner en cauchemar. Je n'avais pas 20 ans et lui venait d'avoir 27 ans, il avait une magnifique santé. (...)


Il était un homme près de ceux qui étaient sous ses ordres, un chef oui, mais un ami toujours, ferme mais bienveillant, maniant l'autorité avec doigté, soupe au lait peut-être, pas rancunier, gai, très apprécié de tous ses supérieurs et ayant toute leur estime, sachant prendre les décisions très rapidement. D'ailleurs dans son regard droit, perçant, on retrouve très bien l'homme qu'il était et dans sa bouche bien dessinée aux commissures de lèvres légèrement relevées toute la gaieté dont il était capable.

Jean Moncheaux, février 1937

septembre 1939

Le ministre de l’air cite à l’ordre de l’armée de l’air (Ordre n° 50 du 9 décembre 1938) :

«Moncheaux (Jean), lieutenant : au cours d’un vol de nuit sur la campagne, l‘avion  qu’il commandait étant en difficulté à la suite d’une panne de moteur, a accompli, avec le plus grand calme, tout son devoir de commandant d’avion, en donnant l’ordre à deux membres de son équipage d’évacuer l’avion, et en restant aux côtés de son pilote pour essayer de sauver l’appareil.»

JO n° 300 du 23 décembre 1938 p.144881938_09_16.html