équipages dans la tourmente

 

Adjudant pilote


Grièvement blessé et brûlé le 31 mai 1940 aux commandes du LeO 451 n° 109, abattu par la 9./JG 53 à  Auteuil (60390), hameau de Malassise, lieudit «La Grande Trouée» (15 km Sud de Beauvais).

Fusillé par l’armée allemande le 13 juillet 1944 à Coisia (Jura)


Abel Verna

Abel André Joffre Verna est né à Balesmes (37) le 2 février 1915 sous le signe, déjà, d’un patriotisme absolu : ses parents lui donnent en effet chacun leur prénom suivi de Joffre en hommage au vainqueur de la Marne.


Son père Abel Henri Eugène Verna (né à Balesmes le 2 octobre 1887), caporal à la 3e compagnie du 68e RI, disparaît  au combat dans la fournaise de Verdun, entre la côte 304 et le Mort-Homme, le 5 mai 1916... Ce n’est qu’en 1921 qu’un jugement le reconnaîtra mort pour la France (il est inhumé dans la Nécropole nationale d’Avocourt, tombe n° 970).


Engagé quant à lui dans l’aviation, le jeune Caporal Abel Verna est breveté pilote militaire à Istres le 24 juillet 1937 sous le n° 25767.


Photo Saussol, collection Lionel Persyn

Nouvelle République de Tours des 26 et 27 juillet 1947


La 51e escadre se transformant en escadre d’assaut ne conserve en ses rangs que les pilotes les plus expérimentés.


C’est ainsi qu’Abel Verna, dont l’instruction en vol de nuit n’est pas achevée, est affecté à la première escadrille de la 31e escadre à Lézignan à compter du 1er janvier 1940.


En permission du 31 janvier au 13 février 1940 il rejoindra sa femme et sa fille (née le 16 décembre 1939).


Le sergent Verna est lâché en vol de nuit sur Bloch 210 à Toulouse le 1er avril 1940.


Par ordre du Colonel Dévé commandant la 31e escadre il est nommé Sergent-Chef à compter du 1er avril 1940.


Deux semaines plus tard un équipage de la 31e se tue au décollage du terrain de Lézignan.


Le 12 mai 1940, pilote de l’équipage du S/Lt Scavizzi sur le LeO 451 n° 143, il effectue un faux-départ pour le front en échelon précurseur, par suite d’incident de relevage de train d’atterrissage.


Le 20 mai 1940 en début de soirée, aux commandes du LeO 451 n° 109, il effectue avec succès en dépit d’une visibilité très médiocre et de tirs intenses de DCA de tous calibres, un bombardement sur une colonne motorisée ennemie surprise à 8 à 10 km à l’Est d’Albert.


Le 24 mai il part à Rennes - Saint-Jacques de la Lande chercher un LeO 451 neuf.


Le 29 mai, au départ d’une mission de bombardement sur Abbeville, son LeO 451 n° 143 est victime d’une baisse de régime à un moteur. Abel Verna réussit à se poser sur un seul moteur, sauvant ainsi et son équipage, et son avion.


Le 31 mai 1940, au retour d’un bombardement sur Abbeville, son LeO 451 n° 109 est attaqué par deux Messerschmitt 109 de l’escadrille 9./JG 53. Au terme d’un combat sur plus de 50 km, son avion en flammes, et tout son équipage tué, Abel Verna tente un atterrissage en catastrophe. Projeté hors de l’appareil par la violence du choc, grièvement brûlé au visage et aux mains, il est hospitalisé à l’hôpital d’Agel à Beauvais.


Abel Verna clôt alors provisoirement son carnet de vol après un total de 565h10 de vol, et commence un long calvaire dans les hôpitaux...


Photo Pierre Scavizzi

Journal officiel n° 325 du 3 décembre 1941 p. 5217

Monument aux morts de Balesmes (37)

Photo Daniel Fouquerel

Monument aux morts de Descartes (37)

Photo Daniel Fouquerel

La mémoire d’Abel Verna, Inhumé à Coisia (39), dans le carré militaire, est perpétuée sur les monuments aux morts de cette commune ainsi que sur ceux de Balesmes, sa commune natale, et de Descartes, commune à laquelle Balesmes est aujourd’hui rattachée.

Collection SHD/DA

Insigne de l’escadrille 1/51

Insigne de l’escadrille 1/31

Le culte du souvenir
Le martyre
de l'adjudant pilote 
Abel VERNA 
originaire de Balesmes

Le 31 mai 1940, des débris fumants d'un avion Léo 45 abattu lors d'une mission de bombardement sur la Somme, on retirait le pilote adjudant Verna, horriblement brûlé au visage et aux mains.
Pendant des années, d'hôpitaux en hôpitaux, cet aviateur vécut la dure vie des "Revenants", de ceux à qui la chirurgie fait retrouver un visage possible, de ceux qui rééduquent peu à peu leurs pauvres mains atrophiées et qui, avec une poignante volonté et un courage indomptable, s'acharnent à vivre pour reconquérir dans le ciel, leur place de pilote.
La croix de guerre et la médaille militaire avaient récompensé l'héroïsme de cet enfant de la Touraine puisque Verna est né à Balesmes, près de la Haye-Descartes.
Malgré la défaite qu'il estimait provisoire, il crut toujours au triomphe final de la France.
Dès qu'il se sentit guéri, il chercha à rejoindre les forces aériennes françaises libres en Grande-Bretagne.
Une première tentative de départ par l'Espagne échoua.
Verna gagna alors le Jura et réussit à passer en Suisse. Mais là, hélas, il ne trouva pas l'agent qui devait le prendre en charge. Comme, entre temps, le débarquement allié était survenu le 6 juin 1944 en Normandie, Verna rentra en France, pensant pouvoir se battre enfin.
Il arriva à Morez (Jura) le 3 juillet 1944 et le 6 se joint aux patriotes du maquis d'Oyonnax. Mais le 12 juillet, au soir, la terrible colonne de représailles de l'armée Lasav, arrive à l'Ermitage-Coisia, près de Thorette. La soldatesque pille et saccage tout et le jeudi 13, ramène quatre jeunes gens qu'ils ont fait prisonniers sur la route et qu'ils interrogent brutalement, puis dépouillent de tous leurs vêtements et objets personnels. Vers midi et demi, ils les entraînent vers la colline...
Deux otages civils ont déjà été fusillés un quart d'heure plus tôt. A leur tour, les quatre prisonniers sont abattus à coups de revolver.
Le maire de Coisia, prévenu, vient avec les habitants creuser les tombes. La Croix-Rouge de Lons le Saulnier arrive pendant cette opération et prend les signalements des martyrs que M. Emile Guy, chef des équipes d'urgence du Jura photographie. Quatre cadavres sont identifiés et deux autres enterrés comme "inconnus".
L’adjudant Verna avait disparu...
Ce n'est qu'en novembre 1944, qu'après de patientes et minutieuses enquêtes de mon service, nous reconnûmes le malheureux pilote sur l'une des photographies des fusillés de Coisia... C'était bien Verna avec son visage couturé de cicatrices, sa  main mutilée, sa main qui jamais plus ne tiendrait les commandes d'un avion...
Deux années ont passé sur ce drame affreux, un parmi tant d'autres de la résistance française.
Certains oublient, certains discutent... mais ceux de l'aviation se souviennent du pilote Verna qui, quoiqu'ayant déjà largement fait son devoir, voulut reprendre sa place dans le ciel et mourut obscurément pour la libération de la France.
Germaine L'HERBIER
Chef de mission I.P.S.A.

Le culte du souvenir

Le martyre

de l'adjudant pilote

Abel VERNA

originaire de Balesmes


Le 31 mai 1940, des débris fumants d'un avion Léo 45 abattu lors d'une mission de bombardement sur la Somme, on retirait le pilote adjudant Verna, horriblement brûlé au visage et aux mains.

Pendant des années, d'hôpitaux en hôpitaux, cet aviateur vécut la dure vie des "Revenants", de ceux à qui la chirurgie fait retrouver un visage possible, de ceux qui rééduquent peu à peu leurs pauvres mains atrophiées et qui, avec une poignante volonté et un courage indomptable, s'acharnent à vivre pour reconquérir dans le ciel, leur place de pilote.

La croix de guerre et la médaille militaire avaient récompensé l'héroïsme de cet enfant de la Touraine puisque Verna est né à Balesmes, près de la Haye-Descartes.

Malgré la défaite qu'il estimait provisoire, il crut toujours au triomphe final de la France.

Dès qu'il se sentit guéri, il chercha à rejoindre les forces aériennes françaises libres en Grande-Bretagne.

Une première tentative de départ par l'Espagne échoua.

Verna gagna alors le Jura et réussit à passer en Suisse. Mais là, hélas, il ne trouva pas l'agent qui devait le prendre en charge. Comme, entre temps, le débarquement allié était survenu le 6 juin 1944 en Normandie, Verna rentra en France, pensant pouvoir se battre enfin.

Il arriva à Morez (Jura) le 3 juillet 1944 et le 6 se joint aux patriotes du maquis d'Oyonnax. Mais le 12 juillet, au soir, la terrible colonne de représailles de l'armée Lasav, arrive à l'Ermitage-Coisia, près de Thorette. La soldatesque pille et saccage tout et le jeudi 13, ramène quatre jeunes gens qu'ils ont fait prisonniers sur la route et qu'ils interrogent brutalement, puis dépouillent de tous leurs vêtements et objets personnels. Vers midi et demi, ils les entraînent vers la colline...

Deux otages civils ont déjà été fusillés un quart d'heure plus tôt. A leur tour, les quatre prisonniers sont abattus à coups de revolver.

Le maire de Coisia, prévenu, vient avec les habitants creuser les tombes. La Croix-Rouge de Lons le Saulnier arrive pendant cette opération et prend les signalements des martyrs que M. Emile Guy, chef des équipes d'urgence du Jura photographie. Quatre cadavres sont identifiés et deux autres enterrés comme "inconnus".

L’adjudant Verna avait disparu...

Ce n'est qu'en novembre 1944, qu'après de patientes et minutieuses enquêtes de mon service, nous reconnûmes le malheureux pilote sur l'une des photographies des fusillés de Coisia... C'était bien Verna avec son visage couturé de cicatrices, sa  main mutilée, sa main qui jamais plus ne tiendrait les commandes d'un avion...

Deux années ont passé sur ce drame affreux, un parmi tant d'autres de la résistance française.

Certains oublient, certains discutent... mais ceux de l'aviation se souviennent du pilote Verna qui, quoiqu'ayant déjà largement fait son devoir, voulut reprendre sa place dans le ciel et mourut obscurément pour la libération de la France.


Germaine L'HERBIER

Chef de mission I.P.S.A.



Le 11 décembre 1941 en effet le sergent-chef Verna est rayé des comptes du GB I/31 (à compter du 5) pour retourner subir de nouvelles opérations chirurgicales réparatrices.

Octobre 1941


Qu’il paraît loin le jeune homme  de 1938...

Abel Verna n’a pas encore repris tous ses kilos perdus sous le soleil de Syrie.

Ses mains mutilées et son visage conservent le souvenir cuisant du 31 mai 1940. Sa détermination à reprendre sa place au combat ne sera jamais altérée, jusqu’au bout, jusqu’à la fin, jusqu’à sa fin...


D’Istres, il est affecté à Tours, à la première escadrille de la 51e escadre, où il arrive le 3 novembre 1938. Dès le lendemain lui est rappelée la dangerosité de son métier par une cérémonie religieuse en l’église Saint-Symphorien en l’honneur des aviateurs civils et militaires décédés au cours de l’année.


Son entraînement comme second pilote sur les bimoteurs Bloch 210 de l’escadrille commence aussitôt, entrecoupé par deux permissions (du 5 au 12 décembre 1938 et du 3 au 16 janvier 1939).


5 mois plus tard, le 22 avril 1939, deux avions de son escadre entrent en collision entraînant la perte des neuf hommes d’équipages qui périssent carbonisés dans les débris de leurs Bloch 210...


De retour d’une permission (du 2 au 14 août 1939) le sergent Verna participe comme pilote de l’équipage du S/Lt Valligny à un important vol d’escadre sur l’Angleterre le 17 août 1939. L’interception - pacifique - aisée de la formation par la chasse leur donne un avant-goût amer des risques encourus en cas de guerre.


Le 1er septembre 1939, en pleine crise internationale, son groupe quitte Tours pour le terrain de desserrement de La Perthe. Le surlendemain la France déclare la guerre à l’Allemagne. Le 9 septembre une mission de jour est miraculeusement effectuée sans perte pour la 51e escadre, mais pas pour la 31e qui y perd ses 3 avions engagés et deux équipages dont l’un tué et l’autre prisonnier. Les obsolètes Bloch 210 de la 51e escadre et Bloch 200 de la 31e ne seront dorénavant engagés que de nuit...


L’entraînement aux vols de nuit des jeunes pilotes est donc activement poursuivi.


Le 15 septembre 1939 au départ de l’un de ces vols d’entraînement au pilotage de nuit le Bloch 210 n° 207 piloté par le sergent Verna et le Lt Lebourg, ne peut s’élever en raison d’une subite baisse de régime à un moteur. A vitesse trop faible pour virer les pilotes maintiennent leur trajectoire et l’avion traverse 200 mètres de bois de pins, sans dommage... du moins pour l’équipage (composé également du S/Lt observateur Valligny et du Sgt mécanicien Perdreau) :


Le temps du bonheur...



Le 16 juillet 1938 il épouse à Paris (10e) une roumaine, Cécilia Lupovici, qui lui donnera deux enfants.



Le 4 février 1941, enfin, Abel Verna sort de l’hôpital de Montpellier et rejoint son escadrille à Istres. Il n’est pas encore totalement guéri et n’a pas encore de nouvelles paupières mais cela ne l’empêche pas de reprendre sa place aux commandes, avec ses mains mutilées, des LeO 451 de son escadrille...


Le 7 juin 1941 il quitte Istres pour la Syrie au poste pilote du LeO 451 n° 189 codé «7» de l’équipage du Lt Fangeaux. Il atteint Alep le 9 juin après deux escales à Brindisi puis Athènes.


Le 11 juin 1941 au retour d’une mission de bombardement sur le Djebel Maani il est contraint à atterrir de nuit sur le terrain de Damas encombré de multiples obstacles : son avion y sera détruit et incendié...


Après au moins 7 missions comme pilote alternativement du Lieutenant Fangeaux et du Capitaine Le Jamtel, Abel Verna est contraint de cesser à nouveau provisoirement de piloter : ses yeux, insuffisamment protégés du sable par ses paupières abîmées, le brûlent trop...


De retour à Istres le 14 juillet 1941, par avion de transport, il sera cité aussitôt  à l’ordre de la Division aérienne pour ses missions syriennes.


Lors d’une prise d’armes à Istres le 19 juillet 1941, le général Romatet chef d’état-major de l’armée de l’air dira notamment aux aviateurs ayant combattu en Syrie : « par votre exemple sans défaillance vous avez montré avec éclat que l’Armée de l’Air était restée digne de ses traditions les plus pures ».


En permission du 7 au 23 août 1941, Verna ne rejoint que pour peu de temps son escadrille.


Photo Verna
Photo Verna

L’épave calcinée de ce qui fut le LeO 451 n° 109, immatriculé I-645

abattu à Auteuil (60390), hameau de Malassise, «La Grande Trouée»

Photo Verna
Photo Verna

Journal officiel n° 215 du 28 août 1940 p. 4824

10 février 1942, à l’hôpital ophtalmologique de Montpellier : le S/C Abel Verna avec 4 de ses compagnons d’infortune, tous rescapés comme lui de la chasse allemande pendant la bataille de France.

De gauche à droite : le S/C Abel Verna, l’Adjt pilote Henri Castel (GC I/8, blessé le 27 mai 1940), le S/C mitrailleur Gauche (GB I/62, blessé le 5 juin 1940), l’Adjt pilote Léo Boyer (GC III/7, blessé le 13 mai 1940), et l’A/C pilote Roger Saussol (GC III/1, blessé le 26 mai 1940).

Vincent Lemaire
« On n’a rien donné quand on n’a pas tout donné »
Georges Guynemer




Abel Verna utilise les longs mois où il doit rester en traitement en France, pour aider efficacement la mission de recherches des morts et disparus de l’armée de l’air créée par Germaine L’Herbier Montagnon (voir http://www.memoiredailes.fr )


Abel Verna apporte à cette mission non seulement sa compétence technique pour ses activités officielles, mais aussi son précieux concours motivé par son ardent patriotisme au soutien de ses activités clandestines.


C’est ainsi qu’il collabore à des évasions d’aviateurs prisonniers, assiste des aviateurs alliés vivant clandestinement, leur procurant des pièces d’identité et favorisant leur départ de France.


Lorsqu’il s’estime suffisamment guéri pour reprendre le combat, Abel Verna, pourtant marié et père de deux jeunes enfants (dont son fils né le 10 mai 1944 prénommé Jean-Guy, en suprême hommage à Jean Desesquelle et Guy Champenois) ne renonce pas à son extraordinaire idéal patriotique et cherche par tous les moyens à rejoindre les Alliés. C’est ainsi qu’il trouvera la mort le 13 juillet 1944 dans le maquis d’Oyonnax, dans le Jura, dans les conditions tragiques relatées par Madame Germaine L’Herbier Montagnon :

Monument aux morts de Descartes (37)